La racaille s’exporte

Je vis à Bangkok depuis 2018. Huit ans dans ce pays. J’aime la Thaïlande, j’aime les Thaïlandais, et j’aime aussi beaucoup de Français qui vivent ici ou qui viennent en visite. La communauté française en Thaïlande est diverse, active, et dans sa grande majorité, parfaitement respectable.

Et puis il y a les autres.

Depuis quelques années, un phénomène s’est installé, surtout à Phuket, qui commence à agacer sérieusement tout le monde. Les expatriés français, les locaux thaïlandais, les hôteliers, et même la police. Les Thaïlandais ont trouvé un nom pour les identifier : “French arabics.” Pas “Français.” “French arabics.” La nuance n’est pas anodine. Ils savent très bien de qui ils parlent.

Les faits sont documentés. Lors du Songkran 2026, sept touristes français ont été arrêtés à Phuket après avoir encerclé un chauffeur de van et l’avoir aspergé d’eau de manière hostile, bloquant la circulation et semant le chaos. Ce n’est pas une bataille d’eau. C’est de l’intimidation.

Le 13 avril, un groupe de touristes français a tabassé un Thaïlandais qui se rendait à moto à son bar, le laissant grièvement blessé dans une ruelle de Patong. Les deux suspects arrêtés le lendemain s’appellent Florent B. et Abdelkrim H. Voilà pour la composition du groupe.

La police de Phuket évoque une dizaine d’incivilités par jour liées à des touristes, avec un noyau dur de situations répétitives : conduite dangereuse, alcoolisation, insultes, bagarres. Ce qui fâche le plus les habitants, c’est la sensation d’impunité, parce que les sanctions restent souvent peu dissuasives.

La situation est devenue tellement sérieuse que le consul de France s’est rendu en urgence à Phuket pour rencontrer les plus hautes autorités locales de la police et de la justice, inquiets de faire face quotidiennement à une multitude d’actes délictueux, d’incivilités et de comportements inappropriés imputés à des Français titulaires de visas de court séjour.

Voilà où on en est. L’ambassade de France doit se déplacer en urgence pour gérer le comportement de ses ressortissants dans un pays étranger.

Je suis Français. Je vis ici. Ce comportement me fait honte, et il me touche directement. Parce que quand un Thaïlandais entend “Français,” l’image qui lui vient n’est plus forcément celle du touriste poli qui enlève ses chaussures avant d’entrer dans un temple. C’est de plus en plus celle-là. Celle du groupe qui fout le bazar pendant Songkran, qui agresse un mec sur sa moto, qui bloque la circulation pour filmer un clip.

La racaille, en France, on la connaît. Elle sévit dans les banlieues, dans les transports, dans les quartiers qui ont été abandonnés depuis des décennies par une classe politique trop occupée à se disputer pour gouverner. Elle est le produit d’un échec collectif que personne ne veut vraiment regarder en face.

Maintenant elle voyage. Et elle exporte ici ce qu’elle fait là-bas.

La Thaïlande est un pays souverain avec ses propres lois, sa propre culture, et sa propre dignité. Ce n’est pas une zone de non-droit mise à disposition de ceux qui n’arrivent pas à se comporter correctement chez eux. Le gouvernement thaïlandais a d’ailleurs annoncé qu’il allait renforcer les contrôles dans les établissements de divertissement et a déjà procédé à des expulsions assorties d’inscriptions sur liste noire. Bien.

Il serait temps que ça fasse mal suffisamment pour que le message passe.